Roadtrip #14-1 Une belle frayeur

2 Juin 2017. Je suis au départ d’une nouvelle aventure. Comme à chaque fois, l’excitation se mélange à quelques appréhensions. Ai-je pris tout le nécessaire ? La voiture est-elle fin prête ? Quelle sera la météo ? C’est d’autant plus vrai cette fois-ci parce que j’ai besoin de prendre plus de choses que d’habitude : talkie-walkie pour pouvoir communiquer entre conducteurs, sac de couchage, outils et plaquettes de frein de rechange. Je viens justement de changer mes plaquettes de freins, aux quatre roues. Les précédentes avaient vu leur durée de vie fortement réduite lors de la dernière sortie. Je me pose aussi quelques questions sur le déroulement de cette virée. Le parcours n’est habituellement connu que chaque matin au briefing. Donc je ne sais pas où finira la sortie en groupe. Impossible donc de savoir quand et par où je rentrerai à la maison. Nous verrons bien…

Bref, laissons de côté tout cela et profitons du moment présent. Et le présent, c’est un morceau d’A68 puis la N88 qui m’amènent dans l’Aveyron. Comme à chaque fois que j’emprunte cette route, la vue sur Rodez et sa cathédrale me donne envie d’aller visiter, chose que je n’ai toujours pas faite…

Je traverse Sévérac-le-Château. J’entre en Lozère. Au même moment, le paysage change. Fini les villes et villages et la circulation de la nationale. Je me retrouve dans la campagne. Les premiers virages défilent sous les roues. Le premier col aussi. C’est donc le moment des premières photos. Le col de Saint Rome de Dolan n’est pas bien haut (909 m) mais il marque psychologiquement le vrai début des hostilités.

J’arrive ensuite au Massegros. La route descend rapidement vers les gorges du Tarn. Je suis déjà venu ici deux fois par le passé. Et je n’ai pas eu de chance à chaque fois. Après la nuée de touristes et de camping-cars, et une lumière catastrophique pour les photos la première fois (lire ici), j’ai eu droit à une route barrée pour cause de glissement de terrain la seconde fois (lire ici). J’avais alors inversé mon parcours et j’étais passé dans les gorges du Tarn à une heure trop tardive pour arriver à faire de belles photos. Au moins, je m’étais bien amusé au volant. Mais j’étais toujours frustré de ne pas ramener une fois de plus des photos correctes de cet endroit exceptionnel.

Aujourd’hui, tout est réuni pour que ce soit enfin possible : il fait très beau, le ciel est bien bleu, quelques nuages bien blancs égayent l’azur, le soleil est haut dans le ciel, éclairant bien les endroits escarpés. Et il n’y a presque personne, ce qui n’est pas pour me déplaire. La vue est superbe, aussi je m’arrête dans les lacets pour prendre des photos.

Juste après la deuxième pause photo, j’arrive à bonne allure sur l’épingle suivante. Je freine et là, grosse frayeur : la pédale ne répond plus normalement. Elle est devenue molle en début de course puis étrangement dure. Et surtout, ça ne freine presque plus ! Heureusement que je prends toujours de la marge et que le châssis de la Focus est efficace. J’arrive sur l’épingle avec une vitesse bien plus importante que prévue. Mais les Michelin PS4 accrochent le bitume et je passe proprement, sans même un début de dérapage. Bien entendu, je ne ré-accélère pas. Je finis la descente en roue libre, oubliant le paysage et les photos. Me voilà dans de beaux draps. Je pars pour affronter les Alpes et je n’ai plus de frein au milieu de la première descente ! Je m’arrête brièvement pour vérifier les freins. Ils sont brûlants et dégagent une forte odeur. Mais visuellement, tout va bien. Pas de fuite de liquide de frein, rien à signaler. Je repars doucement pour refroidir tout cela. Et au bout de quelques minutes, le freinage redevient normal. Mais que faire ? Rentrer à la maison pour aller chez mon garagiste pour tout contrôler ? Trop loin. Cela signifierait que je raterais le départ de la sortie alpine. Trouver un garage ici ? Je suis dans les gorges du Tarn, pas de garage en vue… Je décide de laisser passer du temps pour me remettre de mes émotions et prendre la meilleure décision possible. Je me concentre comme je peux sur ce lieu magnifique qui m’entoure. Je fais demi-tour pour parcourir les deux ou trois kilomètres de « refroidissement » en pensant cette fois-ci au paysage et aux photos. Et il y a de quoi faire : des roches aux formes surprenantes, des tunnels taillés dans la pierre, un petit tour au bord de l’eau…

J’arrive à la Malène où je peux me garer facilement. N’espérez pas la même chose en Juillet-Août…

La Malène.jpg

Je poursuis. Je roule paisiblement, sans pouvoir encore refaire confiance à la voiture. Je m’arrête en face d’Hauterive pour une photo. Ici, il n’y a même pas une place de parking mais c’est désert. J’en profite !

Nouvelle pause au cirque de Pougnadoires. Le petit village de pierre construit sur la falaise domine le Tarn. Superbe.

Cirque de Pougnadoires.jpg

Puis j’arrive à Saint-Chély du Tarn. Je prends mon temps, je marche sur le pont, profite à fond du lieu. Pour une fois que c’est désert et superbement éclairé ! L’église romane a un tout autre visage aujourd’hui dans son écrin de verdure sous un beau ciel bleu, avec cette meringue nuageuse en arrière-plan. La vue depuis le pont est sublime : les maisons en pierre, l’eau du Tarn aux reflets d’émeraude et cette cascade marbrant d’écume blanche un rocher couvert de mousse.

La prochaine étape n’est pas mal non plus : Saint-Enimie, le fameux village médiéval classé en 2014 parmi les villages préférés des français. Il y a déjà bien plus de monde. Je traverse le pont pour avoir une vue d’ensemble sur le village. C’est beau, mais personnellement, je préfère largement Saint-Chély. Les commerces, restaurants et camping-cars me dérangent ici…

Au fil des kilomètres, ma confiance dans le freinage revient et j’augmente le rythme. Les nouvelles plaquettes freinent mieux que les anciennes, mais elles génèrent plus de chaleur. Le liquide de frein n’a pas dû supporter la hausse de température. J’arrive à Prades, petit village surplombé par son château. La route et le paysage deviennent encore plus sauvages.

Prades

Le prochain village est surprenant. Situé sur l’autre rive du Tarn, le long d’une falaise très escarpée, je me demande comment des gens ont eu l’idée de venir s’installer ici. Le nom aussi est surprenant : Castelbouc.

Castelbouc.jpg

Je m’approche de la fin des gorges du Tarn. Le paysage s’ouvre, devient moins encaissé. Il n’en devient pas moins beau. Le village de Montbrun perché sur l’autre rive attire mon objectif.

L’heure avance, je commence à avoir faim. Je décide de ne pas m’arrêter à Quézac ni à Ispagnac. Après quelques kilomètres d’une route sans grand intérêt, je me dirige vers le Pont-de-Monvert par la D998 que j’ai empruntée en mars dernier. Cette route est très sympathique, malheureusement, je me retrouve derrière plusieurs voitures. La première roule vraiment lentement et personne n’arrive à doubler avant le Pont-de-Monvert. Dans ce village, je me trompe de direction. J’avais prévu de monter par le col de Finiels pour le découvrir en cette fin de printemps après la neige du mois de mars. Mais c’est raté. La route que je prends est tout aussi bien. Et le plaisir de la découverte apporte toujours un petit plus. Me voici au lac de Villefort. Vu d’en bas, c’est bien joli.

Je prends la D906 qui monte au-dessus du lac et je m’arrête au belvédère de la Ranchine. C’est encore plus beau ! J’attends patiemment qu’un couple d’amoureux finisse leur câlin et reparte avant de profiter de la vue. Il y a de quoi justifier pleinement une photo panoramique. Ce n’est qu’en « développant » les photos que j’ai remarqué la phrase écrite sur la rambarde de bois : « L’amour est un sentiment qui se partage au grand air ». A-t-elle été écrite par le couple présent à mon arrivée ?

Belvedère de la Ranchine-8.jpg

Un peu plus au nord se trouve le prochain site à voir : le château de la Garde-Guérin identifiable par sa haute tour carrée du XIIème siècle.

Alors que je passe à sa hauteur, un panneau indique les gorges du Chassezac. Cela me rappelle d’excellents souvenirs ! Je décide de m’arrêter et d’aller voir. Un sentier balisé amène à un belvédère. Et lorsque j’y arrive, je suis époustouflé. Devant moi se dresse une sorte de chaos rocheux avec des pics bien acérés. Et au milieu coule un torrent. Après m’avoir offert un pur moment de conduite, ces gorges me donnent aujourd’hui un spectacle étonnant, un paysage vraiment différent de ce que j’ai pu voir jusqu’à présent.

Gorges du Chassezac-4.jpg

La journée avance et il me reste encore pas mal de kilomètres à avaler. J’augmente le rythme pour la suite, enchaînant les cols dans un décor de plus en plus sauvage : col de Notre-Dame des Neiges (1 144 m), col du Chap del Bosc (1 169 m), col de la Croix de la Femme Morte (1 200 m)…

Puis je retrouve le col de Meyrand (1 371 m). Je m’arrête au sommet pour admirer le paysage. Quatre cyclistes sont en discussion autour d’une roue arrière. L’un des quatre, un cyclotouriste à la retraite, a un souci avec sa roue libre, bloquée. Plutôt embêtant quand on doit descendre d’un col… Malheureusement pour lui, personne n’a de quoi la démonter. J’ai pas mal d’outils dans le coffre, mais rien qui puisse aider dans ce cas précis. Alors qu’il appelle un ami pour qu’il vienne le cherche, un couple de retraités arrive. En Subaru ! Et avec un porte-vélo à l’arrière ! Le conducteur propose de descendre le cycliste et sa monture dans la vallée.

Je les laisse là et reprends ma route. Une brève descente, une courte montée et je suis au col de la Croix de Bauzon (1 308 m) qui m’avait tant plu il y a un mois. Niveau conduite, il est moins intéressant dans ce sens. Par contre, la vue sur le paysage environnant est encore mieux.

Je descends dans la vallée et poursuis vers Aubenas. La circulation se densifie de plus en plus. Aubenas apparaît dans mon pare-brise, bâtie sur les hauteurs. Encore une ville qui méritera d’aller y passer du temps. Je rejoins ensuite l’A7 et finit la journée en liaison jusqu’à l’hôtel.

Je m’occupe de reconditionner l’appareil photo et la voiture et je suis fin prêt pour m’attaquer aux Alpes. Avec toutefois une petite appréhension au sujet des freins. Il s’agira d’être prudent, notamment en descente. J’ai hâte d’y être !

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