Roadtrip #10-1 Le printemps ? Quel printemps ?

25 Mars 2017. Le printemps est là. Du moins, c’est ce que je croyais… J’ai prévu de passer le week-end sur de belles routes Pyrénéennes, en France et en Espagne. Bien entendu, les plus hauts cols sont toujours fermés pour encore de longues semaines. Donc mon parcours se concentre surtout sur des routes plus basses, en Aragon et Catalogne notamment. Je rêvais d’avoir la même météo que lors de ma dernière sortie (lire ici). Mais les prévisions étaient mauvaises, m’obligeant à repousser mon séjour d’un jour pour espérer avoir de meilleures conditions. C’est d’autant plus important que je n’ai pas d’équipements hivernaux : pas de pneus neige ni de chaînes, juste une paire de Michelin Pilot Sport 4 en bon état à l’arrière et un train de Good Year Eagle F1 en toute fin de vie à l’avant.

Je pars assez tard, vers 10h. Rapidement, la pluie fait son apparition et ne me quitte plus, jusqu’au pied des Pyrénées. A l’approche de Saint-Lary-Soulan, le soleil fait une timide percée. Un coin de ciel bleu me redonne le moral. La suite s’annonce bien.

J’attaque la montée vers le tunnel de Bielsa. Un panneau indiquant que les équipements spéciaux sont recommandés amène une pointe d’inquiétude. Plus j’avance, plus le ciel se bouche de nouveau. Il commence à neiger. Avec l’altitude, le décor blanchit d’un coup. Heureusement, la route est bien dégagée, juste humide.

Montée vers le tunnel de Bielsa

Je poursuis. La neige tombe de plus en plus fort. Je croise quelques voitures sans chaînes. Mais peut-être sont-elles équipées de pneus neige… La visibilité se réduit de plus en plus. Le vent forcit. Une vraie tempête de neige m’empêche de voir bien plus loin que le bout de mon capot. Le vent amène de la neige sur la route. Heureusement qu’il n’y a presque personne, ainsi je peux choisir la trajectoire la plus dégagée. Tout à coup, une énorme congère barre presque toute la route. Je vise la seule partie encore noire de la route, très fine, et je croise les doigts. Et ça passe ! Sans un début de patinage ! Comment est-ce possible avec ces pneus usés ! Quelques secondes après, je croise un chasse-neige.

Montée vers le tunnel de Bielsa

Heureusement, je suis presque à l’entrée du tunnel, située quand même à 1821 m. Quel soulagement de rentrer dans cette galerie de plus de 3 km de long. La sortie côté espagnol est plus basse, à 1664 m. Je me dis que j’ai passé le plus dur. Et en effet, en Espagne, il ne neige presque pas et la route est bien dégagée.

Descente vers Bielsa

La neige finit même par disparaître en descendant. Il pleut. Je passe Bielsa, la pluie redouble d’intensité. Il fait assez froid, à peine 6°C. Je m’arrête manger un morceau, restant à l’abri dans la voiture.

Je repars rapidement et arrive à Ainsa. J’avais prévu d’aller visiter ce village mais c’est le déluge. Je choisis de ne pas m’attarder. Je reviendrai un jour où la météo sera plus clémente. Le ciel est vraiment sombre. Aucune amélioration en vue.

Je poursuis sur l’A-138. La pluie ne tarde pas à se transformer en neige. Le paysage devient blanc. Je longe l’Embalse de Mediano, ce lac aux contours irréguliers. Par ce temps neigeux et sous ce ciel désespérément et uniformément gris, l’eau prend une drôle couleur bleue pâle, presque laiteuse. Malgré la neige qui tombe drue, je reste là de longues minutes à prendre en photo ce paysage surprenant.

Embalse de Mediano, Aragon, Espagne

Un peu plus loin, je trouve une ancienne route, abandonnée à cause d’éboulements dans le lac. Là aussi, c’est un nouveau lieu étrange. L’eau boueuse d’une rivière se mélange à celle du lac, qui prend ici une couleur plus soutenue, presque verte.

Je repars, toujours sous la neige. Arrivé à Abizanda, j’avais pensé emprunter une route plus petite, l’A-2210 qui paraissait délicieusement sinueuse sur Google Maps. Mais elle n’a pas été dégagée et elle est couverte de plus de 10 cm de neige fraîche. Je décide donc de rester sur l’A-138. C’est déjà assez sportif comme cela. Je roule prudemment, ce qui ne m’empêche pas de sentir régulièrement le train avant arriver à sa limite d’adhérence. Je longe l’Embalse del Grado. La route est vraiment agréable, vallonnée, relativement sinueuse mais avec des enchaînements de virages très fluides. Plusieurs villages se succèdent, avec souvent un château qui les domine. Au détour d’un virage apparaît une impressionnante construction perchée sur un mont de l’autre côté du lac : le monastère de Torreciudad.

Arrivé à El Grado, je suis impressionné par le barrage. Il forme un coin vraiment inhabituel. Un panneau indique la direction du monastère. Je décide d’aller voir. La route n’est pas déneigée. Mais deux belles traces noires me laissent penser que je peux arriver à monter en mettant mes roues où il faut. Cela commence à se compliquer quand un sapin barre une partie de la route, effondré sous le poids de la neige. J’arrive à passer. Puis je dois stopper un peu plus haut, deux voitures arrêtées barrant la route. Une des deux est un 4×4 de la Guardia Civil. Après un échange un peu compliqué avec un des policiers, mêlant espagnol, français et anglais, je comprends bien qu’ils ne me laisseront pas aller plus loin sans équipements. J’ai quand même pu prendre deux photos avant de faire demi-tour. J’ai bien cru ne jamais arriver à faire ce demi-tour. Forcément, j’ai dû sortir des traces sur la route. Après plusieurs manœuvres, je finis par trouver assez d’adhérence pour m’en sortir et redescendre en douceur.

Je poursuis sur l’A-138 où un passage plus étroit a entraîné la construction d’une succession de tunnels. Une portion bien sinueuse dans un cadre extraordinaire ! Je poursuis sur la N-123 et arrive rapidement à Benabarre où je dois prendre la N-230. J’hésite une seconde sur la direction à prendre et je choisi de suivre mon roadbook. Direction le Nord-Est… Sauf que j’avais initialement prévu de rapidement prendre vers l’Est puis le Sud, mais par une route bien plus petite. Vu les conditions, je préfère rester sur la N-230. Chose vraiment surprenante, de nombreux oiseaux se posent sur la route. Ils ne décollent qu’au tout dernier moment quand une voiture arrive. Quelques-uns n’ont pas été assez rapides et quelques cadavres jonchent la route. Certains frôlent de très près mon pare-chocs. Mais il me semble qu’aucun ne se fait prendre. Tant mieux, je ne suis pas venu là pour tuer des oiseaux ! Plus j’avance et plus la neige s’intensifie. Et le ciel s’obscurcit. Je finis par me demander si j’ai fait le bon choix. Surtout quand je croise un chasse-neige dans le fossé.

Je m’arrête pour faire le point. Deux possibilités s’offrent à moi : soit je continue sur la N-230 jusqu’à El Pont de Suert puis je prends la N-260 qui me ramènera vers le Sud, soit je reviens sur mes pas pour arriver plus rapidement à Balaguer, mon étape du jour. Il est à peine 16h. La route vers le Nord, remontant vers les Pyrénées a l’air bien plus plaisante. Je tente et je verrais bien.

N-230 2.jpg

Et rapidement, je suis content de mon choix. La route monte, devient tortueuse. Elle longe un nouveau lac par une succession de ponts et de tunnels. Magnifique ! Le problème, c’est qu’il neige encore plus. La visibilité devient mauvaise. La route reste dégagée, mais pour combien de temps encore ?

J’arrive sur la N-260. Le premier panneau que je croise m’indique que les cols de cette route Viu-Perves sont ouverts. Très bien. Je continue avec une pointe d’inquiétude. La route s’élève rapidement. Les premières épingles défilent sous le capot. C’est bien sympa. Sauf qu’à la troisième épingle, une mince couche de neige recouvre les côtés de la route. Une épingle de plus et c’est tout blanc.

Bon, pas le choix, je ne prends pas le risque de continuer. Donc demi-tour. Retour à la case départ, sans toucher les 20 000 et en perdant une bonne heure. Alors que je reprends la N-260 dans l’autre sens, la neige tombe toujours aussi fort. Certaines parties de la route commencent aussi à blanchir. Grand moment de solitude… J’imagine déjà la galère si je reste coincé là. J’essaye de rouler aussi vite que les conditions le permettent. A vrai dire, c’est surtout le plus vite que mes pneus m’autorisent, en limite de sous-virage dans chaque courbe. Mais plus j’avance et plus la luminosité revient. La neige tombe moins dense. Ouf ! Les tunnels derrière moi, la route redescend et la situation s’améliore nettement. Les oiseaux sont de nouveau là. A croire qu’ils sont perturbés par la neige. Me revoilà à Benabarre. Encore quelques kilomètres et il ne neige plus. Le soleil arrive même à se deviner derrière un voile gris uniforme.

 

Puis, peu avant 18h, la neige disparaît du paysage, laissant place à la verdure.

J’arrive rapidement à Balaguer. Le Segre est vraiment haut, bien boueux et avec un fort débit. Les façades multicolores contrastent agréablement.

Après une rapide balade à pied, je rejoins l’hôtel. Je jette un coup d’œil aux informations locales qui expliquent que les précipitations ont atteint un niveau record pour le mois de Mars. A certains endroits que je viens de traverser, il est apparemment tombé 30 cm de neige… Et l’itinéraire prévu pour le lendemain a aussi été bien arrosé. 40 cm par exemple pour Tuixent. Il va falloir que je change mes plans… En attendant, je suis bien heureux d’être arrivé sain et sauf, des images plein la tête et encore sous le coup des différentes émotions vécues lors de cette journée folle, de l’émerveillement à l’angoisse. Vive le printemps !

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