Grand Tour 2016 – Jour 2 – Du Ventoux aux Alpes

27 Septembre 2016. Je me réveille à l’aube et la première chose que je fais est de regarder le Géant de Provence par la fenêtre. Il est éclairé par une belle lumière dorée. Les nuages sont bien plus haut que hier, le sommet a l’air bien dégagé.

Le temps d’avaler mon petit-déjeuner en discutant montagne avec deux hollandais fans de vélo et je suis en route, à peine un peu après 8h. Je me dirige vers Bédoin puis Malaucène, ayant prévu pour commencer cette journée de monter le Ventoux par la face Nord. Arrivé dans Bédoin, j’aperçois au loin une sorte de mirage : une Ferrari 250 GT SWB. Voir une telle voiture sur la route relève du miracle ! Et un carrefour plus loin, je tombe nez-à-nez avec une Jaguar XK150, suivie de près par une Porsche 911 (991) GT3… Et comme la circulation au coeur de Bédoin n’est pas trop fluide, j’ai le temps de comprendre ce qu’il se passe. Ces deux voitures ont sur les portières le même autocollant que l’Aston Martin croisée hier. Ce sont donc certainement les participants d’un événement type rallye pour supercars et classiques qui descendent du mont Ventoux, pour ensuite rallier Monaco.

Après avoir quitté Bédoin, j’attaque la montée du Col de la Madeleine (à ne pas confondre avec le « vrai » Col de la Madeleine dans les Alpes). Une superbe route pour se mettre en jambes de bon matin. Elle virevolte entre les arbres, monte gentiment avant de descendre vers Malaucène. Sa largueur, son état de surface, la bonne visibilité qu’elle procure et le fait qu’elle soit déserte sont des appels à une conduite sportive. De temps en temps, les arbres s’éclaircissent juste assez pour voir les magnifiques combes qui bordent cette route. Superbes paysages !


Une fois Malaucène derrière moi, me revoilà au pied du mont Ventoux. L’environnement ressemble au bas de la face sud, avec encore un peu plus de végétation. mont-ventouxPar contre, la route est différente, moins sinueuse qu’au sud et finalement moins amusante. Un peu plus haut, quelques lacets pas trop serrés apparaissent, et amènent à la station du mont Serein.



La pente est raide. Les cyclistes doivent bien souffrir ! Enfin, ils aiment ça… Je continue à monter, à bon rythme. La route est déserte. La végétation est toujours bien présente, alors que les arbres auraient déjà disparu côté sud. Ce n’est qu’à proximité du sommet que la végétation s’évanouit très rapidement pour laisser place à ce décor rocailleux si typique. Au sommet, la lumière est sublime. mont-ventoux3Une Tesla Model S est garée à côté du restaurant. Il est plutôt étonnant de voir ce genre de voiture ici. Le lieu est quasiment désert, de quoi faire quelques photos sympathiques. La vue est magnifique, plus dégagée que la veille. Je serais bien resté là pendant des heures, à profiter de cette lumière, de ces paysages et de ce calme. Un moment extraordinaire !

Bon, il fallait bien se résoudre à redescendre. Le programme est encore chargé pour le reste de la journée. Je repars donc vers le Chalet Reynard, côté sud. Comme la veille, je suis arrêté quelques minutes dans mon élan par un troupeau de moutons, avec chiens et berger, qui traverse la route.

Au Chalet Reynard, je prends la D164, direction Sault. La route est ici aussi complètement déserte. Plus étroite que la D974 qui monte au Ventoux, elle offre quand même une bonne visibilité et des enchaînements de virages très intéressants, le tout au milieu des résineux. J’ai réellement apprécié la diversité de ces virages. Tantôt épingle ou lacet, parfois pif-paf rapide, court, long, serré, large, toute la panoplie y passe en quelques kilomètres.

Après Sault, je traverse les champs de lavande, un peu tristes à cette époque, sans leurs fleurs mauves. La route est là aussi vraiment agréable, montant, descendant, passant d’un virage à l’autre. Je m’arrête quelques minutes à Ferrassières pour regarder la carte et m’assurer de suivre l’itinéraire prévu. Oui, comme à mon habitude, je roule sans GPS. Un habitant arrête sa camionnette à ma hauteur, juste pour savoir si je suis perdu et pouvoir m’aider si besoin. Habitué des grandes villes, c’est surprenant, mais tellement plaisant de rencontrer des gens comme cela, ouverts et bienveillants. Il me confirme ma direction et m’annonce que je dois me diriger vers le Col de l’Homme Mort, un nom que Google Maps ne m’avait pas indiqué… Intrigant, ce nom… En cherchant son origine, j’ai trouvé un autre col qui porte le même nom, mais celui-ci est dans les Cévennes. Par contre, je n’ai pas réussi à savoir pourquoi ce nom lugubre. La D63 qui monte vers ce col, à 1211m d’altitude est une route agréable, dans un état correct. Les paysages qu’elle propose sont vraiment variés, alternants entre des zones rocheuses, des champs de lavande et des friches à la végétation assez rase.

Je bifurque sur la D946 qui suit le cours du Jabron. Je traverse plusieurs villages, dont un est resté particulièrement dans ma mémoire. Tout d’abord parce que c’est un joli village et ensuite parce qu’il a une nom amusant : Montfroc.

Dans l’un des villages suivants, je vois apparaître dans mes rétroviseurs une voiture étonnante, échappée d’une spéciale du WRC. Avec sa robe bleue, ses jantes dorées, sa livrée WRC complète et surtout sa rampe de phares, cette Subaru est franchement intimidante. Elle me suit jusqu’à Sisteron. Construite sur les rives de la Durance, c’est une très belle ville connue pour sa Citadelle qui fait face au rocher de la Baume, étrange avec ses strates presque verticales.

Une fois Sisteron traversé, je rejoins la route Napoléon. Cette route, anciennement la N85, suit le trajet que Napoléon, de retour de l’île d’Elbe, a emprunté avec sa petite troupe pour reprendre le pouvoir en Mars 1815. Le tronçon de cette célèbre route entre Sisteron et Gap n’a vraiment rien d’exceptionnel. La route longe ennuyeusement l’A51 en d’interminables lignes droites. Le seul intérêt est le paysage, qui avec ses premiers reliefs, donne un petit avant goût de la suite. Je vois plusieurs panneaux indiquant « itinéraire des villages perchés ». Intéressant, à retenir pour la prochaine fois où je passerais par là… En effet, j’aperçois quelques villages au sommet des collines voisines.

La route s’élève enfin après Gap. Le temps est maussade, de gros nuages gris barrent tout le ciel et s’enroulent autours des sommets. Les virages commencent à revenir et la vue devient de plus en plus belle, surtout une fois franchi le Col Bayard à 1246m.

Le Drac coule au fond de la vallée jusqu’au lac artificiel du Sautet. Sur quelques kilomètres, la route se met à monter ou à descendre, devenant aussi délicieusement sinueuse.

Après avoir traversé La Mure, j’arrive à Laffrey. C’est ici, le long du lac, que Napoléon et sa troupe ont rencontré l’armée de Louis XVIII venue de Grenoble pour arrêter leur progression. Une statue et plusieurs drapeaux ont été érigés là pour se souvenir de ce 7 Mars 1815, jour important pour l’histoire de France. Les forces royalistes, au lieu de combattre, sont finalement venues grossir les rangs de la colonne de Napoléon.

Je quitte ce lieu chargé d’histoire, passe à Vizille où je bifurque sur la D1091. Je suis le cours de la Romanche, m’approchant de plus en plus des Alpes. vers-la-d526

Quelques kilomètres et j’arrive à la Rochetaillée, où commence une des plus belles routes d’Europe. Regardez cette vidéo faite par Ford Europe et vous comprendrez vite pourquoi elle a sa place dans ce classement.

allemont

Les festivités commence 2,5km plus loin où un barrage barre l’horizon au dessus du village d’Allemont. La route monte vers ce barrage et quelques lacets plus loin, me voilà sur la digue. Le paysage est franchement sympathique : un beau lac bleu profond, de belles montagnes coiffées de nuages blancs ressortant sur le ciel azur et un long pont sur la droite. Ce pont permet à la D526 de continuer sa route vers ces sommets.



Cette belle route, bien surfacée, s’élève de plus en plus, bordée par la paroi rocheuse à gauche et un muret à droite. Les virages sont assez peu marqués pour une route de montagne et il n’y a personne en vue. De quoi commencer à bien s’amuser au volant. d526-focus-st

Quelques kilomètres plus loin, j’arrive dans le village de Rivier d’Allemont et ses chalets.

La route plonge ensuite vers le fond de la vallée. Les arbres qui s’étaient clairsemés lors de la montée redeviennent bien présents. La route change, devient plus sinueuse. Alors qu’elle commence à monter de nouveau, le regard se pose forcément sur un mur de pierre gigantesque qui relie les deux massifs, celui de Belledonne et celui des Grandes Rousses . Ce barrage est terriblement impressionnant, bien plus que celui d’Allemont. Il alimente la plus puissante unité hydro-électrique de France et a été mis en service en 1988, 10 ans après le début des travaux. C’est un lieu vraiment époustouflant, perché à presque 1700m d’altitude. Je suis seul et je réalise la chance que j’ai d’avoir ce genre d’endroit pour moi tout seul pendant quelques minutes, le temps de m’en mettre plein les yeux et d’immortaliser cela dans la carte SD de mon fidèle Nikon.



Je reprends la route qui devient D926 au passage en Savoie. La vue est juste sublime : le lac de Grand’Maison à ma droite, les massifs de chaque côté, et au milieu, luisant au soleil, une route serpentant au milieu des pelouses alpines. Quel rêve ! Comment peut-on espérer mieux comme cadre pour une séance de conduite sportive ? d926-lac-de-grandmaison

Après une dernière photo, je m’élance dans ce décor extraordinaire. Je vis là le meilleur moment de conduite de la journée, pourtant déjà riche en superbes routes désertes à souhait. J’arrive rapidement à une intersection : à ma gauche, le Col du Glandon et la D927, tout droit, la suite de la D926 et le Col de la Croix de Fer.

Si je suis l’itinéraire prévu, je dois continuer sur la D926 qui m’amènera à la destination finale de cette journée. Mais il n’est même pas 16h. Donc je change mes plans et c’est parti pour le Col du Glandon, dont le sommet n’est qu’à 200m de là. Rapide pause photo à 1924m d’altitude. La vue sur la descente que je m’apprête à effectuer me coupe le souffle. La route a l’air d’être extrêmement sinueuse. Les lacets vus d’ici sont vraiment rapprochés. La pente a l’air très raide.

Bref, allons-y ! Mais pas trop vite ! Cette route est terrifiante, étroite, tortueuse et vertigineuse. Aucun muret, aucune barrière, seul le vide est à proximité de mes roues. Un peu plus bas, la déclivité diminue. Les lacets disparaissent à mesure que la route s’enfonce dans la forêt. J’arrive à Saint-Colomban-des-Villards et fais une pause à côté du Glandon (la rivière). Un couple d’Anglais passe peu après en Porsche Boxster, eux aussi en roadtrip.saint-colomban-des-villards


Je fais demi-tour pour rejoindre l’itinéraire initialement prévu. La montée est bien plus plaisante que la descente. La vue vers le sommet n’est plus vertigineuse. Je ne découvre plus la route et surtout je n’ai plus peur d’être limite sur un freinage comme en descente. Donc je roule à un rythme plus soutenu qu’à l’aller, ce qui n’est pas bien dur…

De retour au croisement avec la D926, je m’arrête brièvement pour estimer le temps qu’il me reste pour arriver à une heure correcte à la chambre d’hôte. Le Boxster refait son apparition, prenant la direction du Col de la Croix de Fer. C’est aussi ma route, aussi je lui emboîte la roue. Qui sait, nous allons peut-être pouvoir nous amuser un peu… Mais les premiers virages me montrent que mon compère d’outre-manche est plus en balade qu’à l’attaque. Je suis son rythme tranquillement jusqu’à ce que trois motards allemands en BMW nous déposent à vive allure. J’en profite pour doubler rapidement la Porsche et essaye de les suivre. Je stabilise l’écart sur la fin de la montée, mais dès que la descente commence, ce n’est plus la même histoire. Ils n’ont pas une tonne et demie à ralentir avant chaque virage… Je les suis tant bien que mal malgré tout. La route n’est pas très large et nous croisons une camionnette qui m’oblige à ralentir bien plus qu’eux. Je les perds de vue pour de bon. Je fini la descente plus tranquillement, profitant plus de la conduite que de la vue, de plus en plus bouchée par les nuages.


Je prends mes premières gouttes de pluie quand j’arrive à Saint-Sorlin-d’Arves. Je ne suis plus très loin de mon étape du soir, Saint-Jean-de-Maurienne. Je poursuis sur la D926, toujours aussi agréable. Arrivé au croisement avec la D80, les panneaux m’indiquent que ces deux routes mènent à Saint-Jean-de-Maurienne. Mais il est aussi indiqué « Col du Mollard » pour la D80. Après le Glandon, le préposé au choix des noms n’a définitivement pas dû être payé… C’est encore l’heure de goûter, alors je reprends une portion de virages. La D80 n’est pas bien large mais la première partie est sympathique. Je m’amuse bien jusqu’à arriver à un premier hameau. Et il en est ainsi jusqu’au sommet, je roule au milieu des maisons et des fermes, essayant d’éviter les bouses de vaches qui parsèment la route. Je m’arrête faire une photo au sommet et qui re-voilà ? Nos amis Anglais en Porsche Boxster. Je leur fais un signe de la main, ils me répondent. Je reprends la route pour descendre vers Saint-Jean-de-Maurienne, mais elle est en travaux et fermée. Je suis obligé de faire demi-tour, revenir sur mes pas et reprendre la D926. Bon, je ne vais pas m’en plaindre. Cette route reste sublime, virevoltant entre ponts et tunnels pour descendre dans la vallée de la Maurienne. d926-avant-saint-jean-de-maurienne

Seul bémol, la circulation se charge. Je rattrape plusieurs voitures qui suivent un semi-remorque. Comme il est impossible ou presque de doubler, je profite d’une dernière pause photo pour repartir au moment opportun et finir à mon rythme, sans personne devant le museau de la ST.

Arrivé à Saint-Jean-de-Maurienne, je prends un peu de temps pour m’occuper de la voiture : faire le plein et passer à la station de lavage. Dès que j’ouvre la portière, une forte odeur de vache se dégage du passage de roue avant. Le Col du Mollard a laissé des traces… Un bon coup de jet haute-pression plus tard et cela va déjà beaucoup mieux. J’arrive à la chambre d’hôte à une heure raisonnable, peu après 18h, ce qui me laisse le temps d’aller faire quelques courses pour le repas du soir.

Je dîne en écrivant mes notes de la journée, revivant tous ces moments forts. Le Ventoux désert dans une lumière sublime,  le Col de l’Homme Mort et ses champs de lavande, la route Napoléon chargée d’histoire, le lac de Grand’Maison, la descente terrifiante du Col du Glandon, le Col de la Croix de Fer au rythme des motards… Quelle journée ! Je la termine en révisant mon itinéraire du lendemain. C’est le gros morceau de ce Grand Tour. La Route des Grandes Alpes. Au programme : pas moins de dix cols, presque 400km, plus de 9h de conduite, plus de 10km de dénivelé positif et la Méditerranée en guise d’objectif. J’ai terriblement hâte d’y être, mais j’appréhende aussi un peu. Surtout pour la météo, tellement imprévisible au-dessus de 2000m. Mais tout ça, c’est pour demain !

Pour les amateurs de chiffres, comme je suis à mi-parcours : j’ai fait 919km en deux jours, passé plus de 17 heures au volant, pris 245 photos et 26 vidéos. Je suis passé par 10 départements : Tarn, Aveyron, Hérault, Gard, Vaucluse, Drôme, Alpes-de-Haute-Provence, Hautes-Alpes, Isère et Savoie.

Le dernier mot de cet article sera pour la chambre d’hôte, juste parfaite. Les sympathiques propriétaires ont pensé à tout, dans les moindres détails. Bref, je recommande !

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